À ces adieux déchirants…

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Crédit : google.com

Ce n’était pas prévu. Ce n’était même pas imaginable. Mais c’est arrivé. Ce matin de Janvier. Puis ce matin de Mars. Et ce matin de Mai. Mon téléphone a sonné. L’interlocuteur avec une voix déjà assez révélatrice de sa profonde tristesse s’efforce de me dire quelque chose que je ne percevais pas.

Je n’entendais plus rien, silence radio. C’est comme si ses pensées se taisaient soudain, me laissant un petit peu de temps pour retrouver le chemin. Le chemin de sa voix plus audible à écouter. Je n’ai finalement pu entendre qu’un morceau de phrase : Elle est morte. Oui, elle s’en est allée. J’ai demandé subitement qui est mort ? Qui ? Soupir. Silence. Soupir. Je n’ai pas eu de réponse avant de l’entendre raccrocher.

Je me précipite pour le rappeler. Ça sonne. Ça sonne. Ça sonne. Personne ne décroche. Je réessaye mais sans succès. Mais qu’est-ce qui se passe ? Me suis-je demandé. Et puis il y a eu ce message WhatsApp qui est venu me déchirer le cœur : Sylvie est morte. Ensuite c’était Jaëlle, connue affectueusement sous le nom de Sikiratou, deux semaines seulement après Sylvie, d’une leucémie aussi. Après c’était Loïc pour qui nous nous sommes battus pour collecter le montant qu’il lui fallait pour être soigné en Afrique du Sud ou en France. Les deux semaines qui ont suivi n’ont pas épargné Clément. Après, c’était le tour de Didier. Tous dans la fleur de l’âge. Une succession de déprime pour nous qui étions leurs amis communs. Ce n’était aucunement envisageable. Ils étaient bien portant, pourtant.

Qu’est-ce qui a bien pu déclencher cette vague de décès ? Une réponse toute faite aurait pu nous soulager mais rien. Nous étions face à l’inconnu. Nous étions laissés à nos propres hypothèses. Et puis il y a eu ces moments où nous étions partagés entre aller à l’enterrement ou non. Puis, finalement certains ont été enterrés dans le plus grand des silences, d’autres à des périodes où nous étions loin du bercail ou débordés au travail. Une double culpabilité naquit de n’avoir rien pu faire pour les soigner et de n’avoir pas pu leur faire des hommages en guise de dernier adieu.

Pendant cette période, la douleur nous a connus, nous étions d’excellents voisins, on se passait souvent le bonjour et souvent on se remémorait nos moments passés autours de quelques verres. Grosse tristesse !!! Le triste souvenir de ces larmes qui coulaient le long de leurs joues. Le ressenti de l’entière tristesse que contenait tout leur séjour entre piqûre, sommeil, perfusion, sommeil et douleur. Les plus beaux sourires que nous avons pu observer étaient tous ornés de regards déchirés. Des regards inquietés par la certitude de ne pas survivre à cette maladie. Abandonner !!!

Alors nous nous autorisions à souffrir avec eux. Nous nous autorisions à pleurer. Nous cherchions à comprendre ce que nous ressentons à ce moment. De la peine, une immense peine. Des miracles, de vrais miracles divins. De la déception, une immense déception. Un bruit de porte, une odeur d’alcool, une allusion à la pharmacie, une idée de visite médicale… Tout était un chantage qui nous poussait à ne rien oublier. À ne pas oublier leurs derniers moments à l’hôpital. C’était pénible. C’était une torture. C’était terrible.

Des mois après, on pense aux compagnons chers qu’ils étaient, et qu’on a perdu cette année, aux êtres que l’on aimait et qui sont loin de nous maintenant, avec une particulière et vraie intensité, en ce crépuscule de l’année.

Nous sommes à quelques heures de la nouvelle année et j’ai toujours ce pincement au cœur, à chaque fois que je pense à vos projets suspendus. Que dis-je, à vos projets à jamais perdus. À votre joie de vivre, à vos souffrances, à vos espoirs et plus encore à vos désillusions. Comme vous me manquez. Comme vous nous manquez tous. Leucémie… Hum !!!

Naturellement dans le miroir heureux de mon cœur, je vous serre avec bien d’émotions. Avec bien de nostalgies que je n’ai pu manifester quand vous étiez vivants. Je regrette. Oui, nous regrettons. Une guirlande de vœux vole au dessus de vos têtes chers amis. Des têtes à ces étoiles Sylvie, Jaëlle, Loïc, Clément et Didier.

Les années passent mais ne se ressemblent pas. Et le monde continue lui à tourner, indifférent à nos désirs, indifférent à nos plaisirs, indifférent à nos malheurs, indifférent à nos bonheurs. Comme à nos joies, à nos tristesses, il n’y fait pas attention. Il se laisse ruisseler comme une rivière qui refuse de se laisser dompter par un barrage. Le temps lui s’en va puis, revient. Puis nous déçoit. Puis nous surprend. Nous ne le voyons plus et le revoilà à l’aube de nos regrets…

À partir d’un certain moment, à un âge, il faut se poser véritablement, apprendre à se connaître son corps, et savoir ce qu’on EST. Ce qu’on FAIT. De quoi on VIT. Ce dont on souffre héréditairement ou non. Ce certain moment c’est : MAINTENANT qu’il vous faut faire UN BILAN DE SANTE pour ne pas succomber dans le silence de la douleur. C’est tout le mal que je vous souhaite en cette fin d’année : faire une queue dans une clinique pour détecter tôt les pathologies dont vous souffrez.

À toutes ces étoiles parties trop tôt…  Nous ne nous oublions pas. 🌟

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