Clairvoyance d’enfance

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Il ne m’arrive pas souvent d’aller aux veillées funèbres encore moins aux funérailles. Non seulement pour l’ambiance revêche qui y règne, mais surtout pour cette rétrospective personnelle, cette interrogation existentielle à laquelle on se soumet une fois qu’on est chez soi. Mais au-delà de tout ça, c’est l’excentricité des hommes qui me surprend.

Un dimanche matin de l’année 2002 à Aného, je me suis retrouvé épouvanté debout devant le corps dans un cercueil d’une de mes tantes. Une tante que j’aimais beaucoup pour les petits billets de 500 francs neufs qu’elle me glissait de son vivant. Rares étaient mes oncles qui pleuraient. Mais mes tantes et mes cousines, elles pleuraient toutes les larmes de leur corps en criant le nom de la défunte. Plus tu avais de l’argent de ton vivant, plus on te pleurait à ta mort hein !

J’ai vu un de mes oncles qui avait l’habitude de m’embêter quand j’étais gamin. Le type même d’un Anéhôto. Le genre d’oncle à te suivre partout comme ton ombre quand tu es au village chez lui. Il te donne des leçons de morale partout où il te croise. Pendant les deux jours du week-end que tu passes à ses côtés, il essaye de refaire toute ton éducation. Pensait-il que mes parents avaient échoué en 13 ans à m’éduquer ? Je ne sais pas.

Dans la foulée, je me suis rappelé qu’à cause de lui, quand j’étais plus jeune, je détestais aller aux mariages parce qu’il venait toujours près de moi, me donnait une grande claque amicale dans le dos en lançant un joyeux :

– T’es le prochain, fiston !

Nous nous sommes retrouvés quelques minutes après au cimetière. Là, il y avait une agitation autour du cercueil. Tout le village était présent. Je voyais mon oncle là qui m’intimidait à quelques mètres de moi. Dès qu’on fit entrer le cercueil dans la terre, je me suis approché de lui. De toutes mes forces, je lui ai donné une claque dans le dos et lancé :

– T’es le prochain, tonton !

Il s’est retourné et m’a regardé avec un visage menaçant comme pour me dire « Imbécile, si je t’attrape,tu vas voir ».

J’ai ensuite couru vers ma mère et je me suis caché derrière elle jusqu’à la fin de la cérémonie.

Dans la soirée, j’ai appris que mon oncle m’avait cherché partout dans le village. J’avais hâte de quitter les lieux avec mes parents. Mais hélas, mon film d’horreur avait duré plus longtemps que prévu entre les réunions de famille et les comptes des dépenses à faire. Tout ce temps, j’étais resté collé comme un aimant à ma mère.

La nuit venue, j’ai dormi les poings fermés et avec un œil. J’ouvrais le second œil à chaque fois que quelqu’un toquait à la porte du salon.

Le week-end dernier, j’ai revu mon oncle à un mariage. Je n’avais pas eu de ses nouvelles durant 13 ans. Je me suis approché de lui et je l’ai salué. Nous avons eu une courte discussion, il m’a ensuite dit : « Fiston, on a qu’une vie, il faut en profiter ». Je lui ai répondu : « Tonton, on a qu’une mort, il faut la préparer ».

Je pensais qu’il m’aurait encore donné une calotte ou un coup dans le dos. Mais, il est reparti sans avoir dit mot.

J’ai compris qu’il n’avait pas oublié, mais plus important, il avait retenu la leçon de cette stupide blague que je lui ai faite à l’enterrement de ma tante.

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