Foudroyée (Partie I)

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Il est de ces matins où elle se réveillait encore circonspecte. Elle se réveillait dans l’ombre de son histoire. Ces matins où elle se regardait longuement dans le miroir. Et se demandait si elle pouvait encore s’enthousiasmer, si elle pouvait encore aimer. Elle estimait qu’il n’y avait plus rien en elle d’intéressant. Elle regardait grandir fluette en elle ce ressentiment naissant. L’idée d’une vie à deux ne faisait plus partie de ses priorités. Elle était convaincue que cupidon l’avait classée sur la liste des célibataires à vie. Elle était certaine de ne plus trouver cette étoile qui puisse la guider la nuit, de ne plus goûter à cette confortable mélodie du cœur sans bruit. Pour elle, travailler dur, très dur pour devenir riche, et se faire respecter, restait sa seule raison de vivre.

Combien de nuits blanches n’avait-elle pas passé ? Combien de questions ne s’est-elle pas posée ? Combien de larmes n’avait-elle pas écrasé au coin de son œil ? Comprendre ce qui est réellement arrivé, c’est tout ce qu’elle demandait. Pourquoi Séyram l’avait-il subitement abandonnée ? Pourquoi ne donnait-il plus de ses nouvelles ? Il n’y avait personne pour répondre et apaiser ses tourments. Cet interrogatoire face à l’angoisse assombrissait davantage son petit monde.

Elle ne comptait plus. Non pas, par volonté, mais par incertitude. Au milieu du décompte, elle s’est plantée. Elle a eu l’impression d’avoir sauté des noms… ou d’en avoir oublié plusieurs. Est-ce le cas ? Elle n’en savait plus rien. Parce qu’un peu trop triste, un peu trop colérique. D’ailleurs, elle ne savait plus le sentiment qui l’animait. Tous ces princes qu’elle a vu défiler devant elle, avec des promesses. Des princes sûrs d’eux et convaincus qu’elle était l’élue de leur cœur. Des débuts d’engagement sérieux même des fois. Et au final, il n’en était plus rien. Ils étaient tous partis sans la moindre explication.

Séyram aussi en fait partie. Son départ a été soudain et inattendu. Elle s’est sentie subitement perdue. Il s’en est allé sans même se retourner. Malgré son insistance il n’a pas voulu répondre. Elle avait voulu étouffer sous un poids masculin sa solitude, l’enfouir sous les draps, l’étrangler avec des parties de bowling à deux. Mais, ce temps était passager. Son monde viendrait à changer. Sans qu’elle ne s’en rende compte, ce moment est vite passé.

Il y a de ces sentiments qui comme des bougies magiques résistent, refusent de s’éteindre. Un grand coup de vent pourrait souffler sans les ébranler, sans les effleurer. Dans sa petite tête, elle cherchait des arguments pour se convaincre d’avoir commis une erreur. Elle ne trouvait rien. Elle se créait des films de culpabilité. De longues séries d’irresponsabilité. Il lui était crucial de savoir pourquoi il l’avait quittée aussi brusquement, pourquoi il était parti aussi soudainement. Elle aurait aimé avoir au moins une raison pour comprendre. Une seule aurait suffit. Elle cherchait cette raison pour se défaire du poids de cette douloureuse séparation. Elle cherchait une seule preuve pour se dédouaner de cette condamnation. Une seule raison pour se libérer de tout ce que cette séparation a impliqué. Un seul et unique argument. Elle avait été condamnée à la peine capitale sans jugement.

Malgré toute cette amertume, elle avait le courage d’aller au service. Elle se réveillait moins tôt que d’habitude mais arrivait toujours à l’heure. Elle était toujours souriante, dissimulait sa colère derrière chacun de ses mots gentils. Elle parlait peu, de peur de blesser son entourage. Personne ne comprenait son revirement soudain. Mais personne n’a osé s’intéresser à son quotidien. Puis, en rentrant du service, ce soir là, elle croisa ce regard singulier. Dans le couloir de cet appartement, elle croisa ce visage qui lui était familier. Elle s’est arrêtée un moment. Elle a fait les civilités. Ils ont discuté un tantinet. Ils ont promis se voir pour un dîner… Tout venait de commencer.

A suivre…

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