Foudroyée V

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Les démons du passé ne me lâchaient pas. Ils étaient déterminés à me poursuivre toute la vie. Ils tuaient régulièrement mes envies. J’en suis convaincu maintenant.  Je me rappelle encore du silence qui a suivi mes messages laissés sur son répondeur. Mes mails et mes courriers. Je  n’oublierai jamais toute sa froideur. Mon désir ardent de prendre rendez-vous à son service juste pour lui donner ce qui me semblait être une bonne nouvelle. Je n’avais aucun doute que quand il apprendrait la venue du bébé il serait revenu vers moi en courant, je lui aurais pardonné sans hésité et on aurait repris. Je rêvais d’une vraie famille pour le bébé. Un enfant qui ne méritait pas de subir le mystère qu’était notre séparation. Le mystère vivant qu’était son père, sans exagération. Mais, rien. Même pas un semblant de réponse à mes sollicitations. Et puis quand j’ai rencontré Solim, j’ai eu ce besoin de donner un père biologique à mon fils ; j’ai compris que les liens de sang ne sont toujours pas les plus forts. Il y en plus intenses, plus  et qu’il y a de ses parents qui ne méritent ce cadeau. Celui d’être un père ou une mère.

Et puis ce matin, après mon bonheur de la veille, il se permettait de tout briser. Exigeant et orgueilleux même, il revendiquait une paternité que je lui avais ôté. Il n’était plus en droit de réclamer quoi que ce soit. Mais, il avait osé. Il voulait me voir, discuter du bébé a-t-il précisé. Heureusement pour lui, car il n’y avait plus de « nous ». Je ne pouvais même pas réfléchir correctement, trop sonnée par le message fatidique. Je voyais une tentative d’atteinte à mon équilibre que j’avais eu tant de mal à retrouver. Je voyais mes bouteilles de vin me réclamer. Je ne pouvais pas, le bébé ne souhaiterais pas. Finirais-je un jour avec cette instabilité ? Avec cette fragile tranquillité ? Je n’y croyais pas. Je n’espérais presque plus. Mais dans mon état, le calme serait le bienvenu. Je verrai quoi faire plus tard quand Solim serait de retour. Je voyais déjà ma journée en noir. Plus aucune gaieté en vue, plus rien pour mon fruit et moi aujourd’hui

La séquence des questions sans réponse ne tarda pas. Devrais-je priver mon enfant de son vrai père ? Au nom de mon dégoût et des ressentiments, dois-je le faire ? Comprendrait-il que son père est un salopard qui ne valait pas la peine ? Comprendrait-il que j’ai choisi pour lui le meilleur à mes yeux ? Qui ne me dit pas qu’il pourrait disparaître de nouveau l’abandonnant lui cette fois-ci ? Et si je refusais effectivement que Seyram jouisse de ses droits de paternité, lâchera-t-il facilement l’affaire ou me trainera-t-il devant les tribunaux ? Aurais-je le courage et la force de passer cette nouvelle épreuve ? Et Solim jusqu’à quand serait-il patient ? J’en avais assez des questions dont les réponses étaient enfouies dans un avenir que je crains déjà.

Je passai donc la journée le ventre vide de breuvage et de mets. Toutefois rempli de tout un être, une vie inestimable, une histoire qui j’espère ne sera pas comme la mienne. J’attendais Solim le cœur plus gros qu’une planète Jupiter. Je n’avais toujours pas rappelé le fameux numéro, j’attendais les conseils de mon ange gardien. Il saurait forcément quoi faire, il aurait comme d’habitude une réponse pratique qui m’apaisera.

L’heure n’avançait pas, je ne peux même pas faire à manger pour lui, je comptais sur le reste du dîner d’hier. Il n’aura plus pour moi le même gout, il n’y aura plus la même ambiance mais il y aura Solim et cela me suffisait.

A suivre…

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