Ce que l’on ne peut apprendre à l’autre

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Crédit photo : pixabay.com

J’ai pensé à elle en me levant, ce matin, et une tristesse m’a envahit. Cette douleur d’être trahi, moi qui l’aimais tant et tant.

Le soleil se lève à peine, mais j’ai l’impression que la chaleur du matin m’entoure de ses tendres bras inconnus. Une dernière trace de la douceur de ce monde, voilà ce que je sens sur mon visage, alors que le vent trace un sillon sur mes joues trempées de larmes. De larmes froides…

Lorsque nous nous sommes rencontrés, je pensais tout avoir enfin. De ces longues nuits à refaire le monde autour de nous deux, je pensais déjà tout savoir. Tout avoir pour elle, et tout savoir sur elle. C’était l’impression que je lui envoyais et aussi celle qui me revenait.

Je ne manquais pas de mots, à l’époque. Tant je voulais me rassurer moi-même, tant je voulais la rassurer elle aussi. Je considérais qu’il était de mon devoir d’homme d’y arriver. Les débuts n’étaient pas aussi aisés. Il y avait cette ombre du passé qui planait d’un côté comme de l’autre. Pour les surmonter, je me suis enfermé dans un chapelet d’entêtement. Il ne revenait pas à chacun de surmonter ses propres démons. Mais il nous revenait à tous les deux, d’essayer, ne serait-ce que pour nous donner une chance d’être heureux.

Il nous arrivait des silences intenses, des discussions superficielles, des rencontres moribondes, mais je ne désespérais pas. Je n’y faisais guère attention.Il n’existe pas de plus difficile épreuve que de rendre une femme heureuse, tout simplement parce que cela implique d’être heureux soi-même. Je me faisais assez confiance pour construire une bien meilleure stabilité que dans mes relations antérieures. Il me fallait donc du temps. Je me faisais complice avec le facteur temps.

Des mots, j’en avais. Des vœux, j’en formulais. Je lui disais souvent… J’aimerais te voir sourire, un peu plus longtemps, un peu plus, encore. J’aimerais, qu’importe le temps, pouvoir effacer ta tristesse. Attraper ta douleur, la balayer. J’aimerais renverser le destin, avec toi et pour toi… Je lui disais ça dans la modeste intention, d’avoir, pas le lendemain, pas dans les prochaines semaines, mais un jour, un début de réciprocité, en retour.

Ce que je considérais comme un laisser-aller volontaire était perçu comme une contrainte. Ce que j’appréhendais comme une manifestation de ma bonne foi était compris comme une pression grossière. Le paradoxe !

Avec le temps, elle s’est enfermée dans un attentisme que je ne comprenais pas. Elle s’est bloquée dans un automatisme déclenché par mes actions, mes réactions. Je ne pouvais la lire que si je lui écrivais, je ne pouvais la voir, que si je lui rendais visite. Je ne pouvais entendre sa voix que si je l’appelais. Le cercle de la relation était fermée. J’étais convaincu qu’elle avait tout pris pour acquis, qu’elle m’avait prise pour acquis. Et donc ne faisait plus d’efforts… Je n’avais pas tort !

Tout ce qu’il me restait de tangible, à ce moment, c’était de n’avoir ses nouvelles que sur commande. C’était de passer du temps avec elle que sur audience. Je n’étais plus sûr de rien, ni de moi, ni d’elle. C’était ma peur panique de l’abandon, et aussi mon petit cœur rigide, comblé par ce grand vide de déception. J’ai été longtemps terrifié à l’idée qu’on puisse me laisser face à moi-même, face à ce côté obscur de moi que je redoute souvent, que je me retrouve seul sur la route de mes pensées. Alors j’insitais, je forçais, je persistais… Bon gré, mal gré, j’eus finalement un semblant de réponse. Rupture…

Je me recroqueville subitement sur moi-même, analyse introspective. Je me rends compte que je suis à court de perspective, et qu’il faut que je vive. Alors je prends des vacances, je pars loin, je me change les idées. Et je reviens…

Deux ans après, je me surprenais à formuler des pensées positives pour elle. Je m’étonnais à vouloir qu’elle soit heureuse où qu’elle soit, avec qui que ce soit. Je me suis rendu compte qu’aimer à sens unique n’est pas le pire sentiment du monde. Le plus douloureux des sentiments, c’est d’aimer inconditionnellement quelqu’un que l’on déteste profondément. Moi, je l’aimais, et elle en aimait un autre. Oui, cet autre de son passé dont l’ombre a longtemps planée sur nos débuts.

J’ai cru qu’elle était prête à affronter les perspectives d’une vie à deux, mais ce n’était pas le cas. Lorsque le quotidien devient facile parce que l’on change ses considérations, parce que l’on se comporte en futur époux, parce que l’on balaye tous les obstacles volontairement, parce que l’on se confie à longueur de journée, parce que l’on s’épuise plus à établir les fondations d’un foyer, parce que l’on se sacrifie dorénavant pour le bien du couple, on se rend compte que notre moitié voulue, qui paraissait forte, et déterminée, prend la fuite. Oui, elle rend le tablier !

La fuite est la seule forme de protection qu’elle se soit trouvée. La fuite est la seule garantie pour elle de ne pas prendre des engagements et des responsabilités.

Pour tout dire, ce qui maintient une relation vivante et viable, c’est le mystère. Quand le mystère disparaît, la relation meurt. Tout simplement parce qu’une certaine prévisibilité s’installe. On sait comment vous réagirez, comment vous vous exprimerez, comment vous vous comporterez. Alors on vous attend. On vous voit venir. On s’ennuie de vous.

J’ai compris en me levant ce matin, en relisant la carte d’invitation à son mariage, qu’il y a des choses que l’on ne peut apprendre à l’autre. Ce qui ne se manifeste pas chez elle avec vous, pourrait l’être avec quelqu’un d’autre. Il y a des choses simples mais importantes que l’on ne peut enseigner à l’autre. L’on ne peut apprendre à l’autre comment nous surprendre, comment engager la conversation, comment nous faire de petits plaisirs, comment nous entretenir. Il faut de l’humilité pour parvenir à une vie à deux, savoir s’excuser quand il le faut, savoir demander des explications quand on n’a pas compris quelque chose, savoir s’inquiéter pour l’autre quand on n’a pas de ses nouvelles. Ce sont de ces petites attentions qui nourrissent la relation.

Il est de ces choses qui doivent se manifester chez l’autre naturellement. Elles ne se forcent pas, elles ne s’apprennent pas. Si ce n’est pas le cas naturellement, abandonnez. Je répète… Abandonnez ce combat parce que vous l’avez perdu d’avance. Que l’on ne vous trompe pas : on ne change pas les sentiments de l’autre avec le temps. On ne change pas les défauts de l’autre qu’importe le temps. On vit avec !

J’ai pensé à tous ces projets que j’ai de tout temps imaginés pour nous. Puis, je me suis rendu compte que rien de tout cela ne sera réel. Elle a semblé, puis détalé. Cette douleur d’être trahi, d’avoir perdu du temps, d’avoir construit un château de sable, m’a abîmé. Mais ici, dans ce billet, il n’y avait ni tristesse ni regret, que quelques sourires, parsemés de paranoïa. Des souvenirs jetés sur le parvis. Ici dans ces lignes gît ce qu’on appelle la vie, notre vie, plus jamais, à deux.

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